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Hans Aeschbacher 1906-1980

"Figur XI"

Sculpture en laiton sur socle métallique H 390 mm 
1959
Pièce unique
Monogramme estampé sur la face inférieure : H Ae. daté et marqué : 1959, XI.

Brass sculpture on metal base H 390 mm
1959
Unique piece
Monogram stamped on the underside: H Ae. dated and marked: 1959, XI.

Bibliographie : 
Monographie Hans Aesbacher, par Hans Heinz Holz Ed. ABC Verlag Zurich, 1976, illustration 93, p. 86.
Catalogue de l'exposition. Guido Magnaguagno et autres. Hans Aeschbacher 1906-1980. Kunsthaus Zürich. Zurich 1986, n° 66, illustration.
Catalogue d'exposition. Hans Aeschbacher. VI Biennale 12.9.-26.10.1986. Museo d'Arte Mendrisio. Mendrisio 1986, n° 45, illustration.


Hans Aeschbacher, né le 18 janvier 1906 et mort le 27 janvier 1980, fut l’une des personnalités
artistiques les plus marquantes de l’après-guerre en Suisse. Jusqu’au début des années 1960, il
comptait, avec Max Bill, parmi les sculpteurs les plus importants du pays. Son œuvre a subtilement
influencé toute une génération d’artistes en Suisse, de Bernhard Luginbühl à Markus Raetz.
Aeschbacher a conçu une œuvre plastique considérable, représentée dans les collections de tous
les grands musées d’art suisses. Il a connu une évolution qui l’a fait passer de nus volumineux
(réduits à l’essentiel) à des abstractions géométriques élancées et austères, jusqu’à des œuvres
monumentales circulaires plus tardives en béton et verre acrylique. Hans Aeschbacher a partagé –
avec le peintre Fritz Glarner – l’espace entier du Pavillon Suisse lors de la 34e Biennale de Venise.
Membre en 1968, il a obtenu le Prix du Canton de Zurich en 1973, et celui de la Ville en 1977… Une série
importante d’expositions personnelles et collectives a inauguré cette nouvelle période « concrète »,
avec, parmi d’autres, une exposition avec Max Bill, Walter Linck et Robert Müller à la Kunsthalle de
Bâle en 1959 (l’année de création de nos deux Figures XI et XII). En 1960, ses sculptures ont une
présence remarquée dans la vaste exposition « La Suisse, de Ferdinand Hodler à Paul Klee » auMusée d’Art Moderne de la Ville de Paris. En
Allemagne, Hans Aeschbacher a participé à plusieurs
Documenta de Kassel (en 1959 et en 1964). Ses œuvres ont été également présentées aux
Biennales de Venise, en 1958 et en 1968. Dans le catalogue de la Biennale de Venise 1968,
l’écrivain et critique d’art vaudois André Kuenzi écrivait son enthousiasme devant sa mise en
espace stricte du Pavillon Suisse : à travers les multiples tendances de l’art d’aujourd’hui, nous
remarquons des sculpteurs qui ont gardé le sens du permanent et de l’universel. Hans
Aeschbacher est de cette race-là, et on pourrait lui appliquer une réflexion de Michel Seuphor, qu’il
est beaucoup plus que le « témoin de son temps », il est le « témoin d’une immanence ». Ce grand
sculpteur de l’art concret a travaillé jusqu’à peu avant sa mort, survenue en janvier 1980. Sa
bibliographie abonde en monographies rétrospectives : en 1959 (publiée aux Éditions du Griffon,
avec un avant-propos de Michel Seuphor,), en 1961 à la Kunshalle de Berne, en 1976 (publiée par
ABC Verlag, Zurich), en 1985 (pour sa rétrospective à la Kunsthaus de Zurich), en 1986 publiée
chez Waser Verlag Zurich, et enfin une très récente monographie très complète Hans Aeschbacher,
Menschen und Steine (« Des hommes et des pierres »), parue en 2024 aux éditions Scheidegger &
Spiess.

Les figures XI et XII, créées en 1959, font partie d’un ensemble aujourd’hui dispersé de six
sculptures qui étaient autant d’idées pour une statue sur la Kunsthausplatz à Zurich. Ces six petites
sculptures sont en laiton. L’un des six projets aurait dû être érigé sous la forme d’une sculpture en
granit environ dix fois plus grande sur la place devant le Kunsthaus Zürich. Une sculpture
monumentale Figure IV en granit (H. 3,92 m) à Bregenz en Autriche, érigée devant le centre
culturel de Schendingen, renvoie indirectement à ces six projets. Ces « 6 idées… » ressemblent à
des maquettes architecturales de gratte-ciel. Aeschbacher a regroupé entre eux des
parallélépipèdes purs de format vertical, parfois légèrement biaisés, sur des plateformes d’acier
très fines, comme pour susciter la sensation d’une implantation sur une place, avec des passages
entre les différents élancements verticaux. Adolph Max Vogt, professeur d’histoire de l’art à l’École
polytechnique fédérale de Zurich, évoquait à propos de ces projets un rapprochement à faire entre
les genres de la sculpture et de l’architecture. Ce changement est venu avec le béton coulé, la
prédominance des gratte-ciel, l’élévation des immeubles au-dessus du sol. Ainsi, New York, dans
son ensemble, est une œuvre sculpturale, tout comme l’était Byzance-Istanbul, contrairement à
Paris ou Londres, par exemple. Impossible d’échapper à l’emprise des forces qui se dégagent de
ces sculptures si sobres, si rigoureuses, si simples dans leurs rapports de lignes et de volumes.
Elles nous causent un choc, une émotion profonde (…) Ce principe de la forme fermée, compacte
dans l’œuvre du sculpteur se rapproche d’un style d’architecture. Son œuvre est monumentale, sa
plastique est constructive – faites de formes élémentaires, telles que la verticale ou l’horizontale.
On peut ressentir avec une singulière acuité le pouvoir de cette symétrie, le contraste de tous ces
volumes verticaux assemblés avec simplicité. L’art de Hans Aeschbacher est fait d’équilibre et de
mesure, d’ordre et de clarté. Il met l’accent sur la permanence de la forme, il est classique. (Cf. Préface
du catalogue de l’exposition Hans Aeschbacher à la galerie Charles Lienhard de Zurich en 1963)
Le critique d’art français Michel Seuphor a parlé également avec grand enthousiasme de Hans
Aeschbacher : dans la sculpture de ce temps, il est le juste. « Midi le juste », dirait Paul Valéry. Cette
solitude si pleine, ce désert secrètement habité, ce silence gros de tout l’indicible, je ne me
rassasie pas de les contempler dans une œuvre qui ne tient compte d’aucune mode, d’aucun
engouement et qui tourne le dos à toutes facilités pour ne répondre – combien docile alors – qu’à la
dictée d’autres nécessités, complètement inactuelles celles-là mais enracinées dans une durée qui
échappe aux mouvances du temps. (Cf. Avant-propos à la monographie Hans Aeschbacher publiée
aux éditions du Griffon en 1959).

Avec ces sculptures « construites » en blocs de laiton, l’artiste préparait ses plus grandes œuvres
monumentales dans l’espace public, en pierre ou en marbre. Le très réputé commissaire
d’exposition et critique d’art suisse Harald Szeemann a bien cerné les enjeux de ce désir de
monumentalité chez le sculpteur, qu’on ressent déjà parfaitement dans les petits formats que je
vous propose aujourd’hui à la vente : « L’envie n’est plus celle d’une formation archétypale, mais
celle d’une lutte et d’une confrontation avec l’œuvre humaine, l’architecture, tel est désormais le
mot d’ordre. La surface tendue devient une surface de coupe droite ; la pierre n’est plus taillée tout
autour, mais sciée de manière planifiée. On ne façonne plus à partir de la pierre, mais on construit
avec la pierre. (…) Ces sculptures architecturales, avec leurs intervalles percés de blocs, sont des
sculptures du dialogue, spatialement adaptées à un vis-à-vis. Les interlocuteurs qu’il s’agit de
convaincre sont l’école, le bâtiment industriel moderne, l’espace architectural (…) ».
(Cf. A. Szeemann, préface au catalogue de 
l’exposition Hans Aeschbacher, Kunshalle de Berne, 1961).